Nouvel extrait de "ma vie romanesque gothique et rotique"

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Nouvel extrait de "ma vie romanesque gothique et rotique"

Message  EGNA le Dim 15 Jan 2017 - 21:13

Près...Partez  youpi!

"Fifi", en voilà un autre gaillard parmi mes collègues de la "belle époque" dont la fin les avait vu naître puisque toute cette clique éthylique approchait d'une retraite méritée que la plupart n'eurent pas eu la chance de sonner. "Fifi", un sobriquet dérivé -encore une fois- du nom de famille (nombreuse) à laquelle le type appartenait; un mec aussi rond et gros que sa bonhomie légendaire, avec "P'tit Louis" - tel était vraiment son prénom- ils avaient fait "l'Indo" ce qu'ils leur valut leur emploi "réservé" dans l'institution du Marais mais aussi pas mal de désordre neuronaux et cette tendance à picoler outre-mer. Tous des chics et humbles types près à se saigner aux quatre veines et toujours aux petits soins pour nous être agréables; "nous", c'était leur relève, les p'tits jeunes longuement chevelus récemment embauchés, une relève qui les élevait par génération interposée, une relève plus encline au joint qu'au vin et plus friande de musique "underground" que militaire. C'est d'ailleurs dans les souterrains voûtés des Archives que nous composions et répétions avec le "groupe" à qui je prêtais ma voix; nous ne pouvions rêver mieux comme salle de "répète", son insonorisation n'était pas comparable à celle de nos caves personnelles ou collectives (à loyers modérés) dont nous tapissions les murs froids et humides de boites à œufs pour étouffer la puissance des riffs des grattes électriques et les tapages de batterie mais aussi et surtout pour éviter les invectives du voisinage suivies des descentes de flics. Avec "P'tit Louis" nous appartenions à l'équipe des "travaux divers", une équipe de "bonnes à tout faire" (bien) dans les magasins (on dit ainsi dans le jargon archivistique) froids où se reposaient des documents de tout âge qui attendaient leur défloration par les mains fébriles et les yeux avides de quelques historiens, étudiants, écrivains et autres scribouilleurs du dimanche qui venaient le samedi puisque nous bossions ce jour. Avec le "Louis le Petit" (lorsque je pense que j'ai échappé aux études dans le "Grand", j'en ai des frissons, déjà qu'à l'Henri IV elles ne m'étaient pas une sinécure) nous étions souvent associés pour le balayage des dépôts (on dit aussi comme cela dans le même jargon); souvent il me tarabustait gentiment pour que je lui chantonne "Fais-moi un signe" de Gérard Palaprat, bien que ce Gérard (quel drôle de prénom qu'est le mien...) n'était pas la tasse de thé préféré de mon répertoire, je m'exécutais pour filer un peu de baume au cœur asséché du bonhomme qui n'était pas bien gras. C'est dans le même état que son cadavre a été découvert dans la mansarde parisienne où le bougre infusait sa solitude, après trois jours d'absence injustifiée au boulot, les autorités compétentes ont dépêché la maréchaussée pour voir un peu de ce qu'il en était, "P'tit Louis" n'était plus de ce monde; "l'Indo" ça use. Je ne vous dis pas, ou plus exactement je vous le dis: quelle tristesse -le mot est faible- régnait lors de son ensevelissement dans la fosse commune du Cimetière Parisien de Thiais, "Fifi", "Kékette", "Gno-gno", "Papa Sock", "Ali", tout le monde pleurait, moi et les copains compris. Je me souviens avoir fredonné "Fais-moi un Signe" lorsque j'ai libéré son casier de vestiaire de ses affaires personnelles et dégarni la porte des pages centrales du magazine "Lui" qui la tapissaient. Misère la guerre.
La guerre, soi-disant la dernière comme on a l'habitude de dire à propos de la mondiale seconde, cette guerre il ne fallait surtout pas en parler à "Gno-gno" des "Cartes et Plans"; lui, avait été affecté en cet endroit des A.N (Archives Nationales) en raison de son faible poids et de celui des documents dont il avait la charge, autant ces cartes et plans ne pesaient pas -trop- lourds, autant par contre certains étaient très encombrants vu leurs dimensions que l'on pouvait transcrire en "mètres"; en effet notre "gardien de la mémoire géographique" était d'un constitution plus que frêle, du haut -si je puis dire- de ses 1,60 m et ses quelques kilos tout mouillé il ne possédait pas les capacités nécessaires et suffisantes pour transbahuter les cartons, les liasses et les bouquins d'archives plus classiques dont certains pouvaient atteindre 10 à 15 kilos; je me souviens de certains "registres napoléoniens" qui atteignaient la trentaine, il n'était pas question d'en emporter un comme livre de poche à feuilleter dans le métro d'autant que leurs cornières en ferrailles étaient tout à fait propices à la blessure et d'autant plus qu'il n'était pas question de sortir une seule case de la Mémoire Nationale au risque de se retrouver au trou. C'est un matin, alors que je rencontrais "Gno-gno" rue des Archives, que j'eus la confirmation de son aversion du temps où les "boches" était entrés dans Paris; malgré l'écharpe protégeant le cou du personnage -le terme "cache-col" serait plus adapté- nous devions être sinon en été, au moins au printemps, "Gno-gno" ne se séparait jamais de cet enjoliveur, autrement dit le "look" du gars ne pouvait en aucun cas vous servir de baromètre. C'est lorsque nous sommes arrivés à l'entrée du boulot, au 60 des "Francs-Bourgeois" que j'ai vu les yeux du petit bonhomme "s'exorbiter "pour lui tomber sur les pieds et le clouer sur place; ce n'est que lorsque les miens ont vu l'immense "Svastika" apposée au centre du balcon de l'hôtel Soubise - où se trouvaient le Musée de l'histoire de France et la salle du même nom dans laquelle étaient communiqués les "docs" des périodes modernes et contemporaines)que je compris la pétrification du compère professionnel, pétrification très vite transformée en une gesticulation outrancière accompagnée de vociférations de tout genres et du genre: 
"Font chier ! Z'ont pas vécu cette putain d'époque !"
"Mort aux vaches !"
"Raoust schnell !"
Il était 1983 et "Gno-gno était rattrapé par ces -et ses- vieux démons; pour les besoins de sa réalisation Poiré et son équipe s'étaient installés dans l'hôtel Soubise, transformé en "kommandantur" pour la mauvaise occasion, afin de tourner sa farce "Papy fait de la résistance"; pour notre "papi des cartes et plans" qui aurait dû depuis belle-lurette être en retraite,la scène ne prenait pas des tournures de farce, elle lui était si insupportable que ses talons tournèrent sur eux même pour remonter vers le métro et sécher le boulot. Merde ! Un peu de respect...
Très souvent, le site où je trimais, servait de décor aux tournage de film; il est vrai qu'il s'y prêtait pour des scènes à remonter dans le temps; c'est au pied de l'Hôtel Clisson que pas mal de protestants furent égorgés au nom de dieu et au temps de la "Reine Margot"; pour leurs figurants les réalisateurs qui louaient les lieux, le personnel (petit)des Archives constituait une vrai manne à bon marché, ils n'hésitaient pas à le soudoyer pour jouer tel manant ou tel gueux selon les besoins de leur pellicule; les deniers que les élus -volontaires- percevaient pour leur "faire partie du décor" paraissaient bien pauvres au regard des cachets pas de cire mais très mirobolants des premiers rôles, il fallait bien arrondir les fins de mois souvent difficiles pour la piétaille archivistique dont je faisais partie; pour info - toujours utile en ce XXI ème siècle où circulent tant d'infofausses- mon premier salaire en tant "qu'auxiliaire de service" catégorie "D" de la fonction publique d'Etat s'élevait - quelle métaphore - à 569 francs et je m'en "sortais". Jamais je n'ai vendu mon âme au diable - pas plus qu'à son pote dieu -, autrement dit jamais je n'ai accepté l'aumône pour prêter ma tronche, mon profil ou mon derrière pour satisfaire les arrière-plans de ces aspirants au décrottage de pompes sur le tapis rouge de Cannes. Jamais, il ne faut jamais le dire. J'ai bien failli une fois faillir et dire oui (ma faim de moi devait être carrément "hard");  le "Lelouche" du moment cherchait deux laquais à placer au cul de son carrosse en cour de l'Hôtel de Rohan (salle de réception des Archives for V.I.P), un gros et un malingre. Le rôle du gros (salaud entre parenthèse, un des rares collègues que je n'ai pu apprécier) étant déjà pourvu et réservé puisque l'ordure (si ! Si !)commerçait -lui- régulièrement avec Méphistophélès, donc,  je proposais mon demi-quintal de chair, d'os et de graisse pour équilibrer la charge au cul de la poussette hippomobile. Jouer le rôle de "valet" m'étant déjà difficile à accepter, je me persuadais qu'en l'interprétant avec le cœur cela pouvait "le faire"; cela aurait pu le faire avant que l'on me précise que dans la composition de ce dit rôle il y aurait des faits et gestes dans lesquelles je ne pouvais manifestement pas me retrouver; il s'agissait d'ouvrir le portillon de la "citrouille après minuit" pour aider à descendre l'illustre pépin censé s'y vautrer, puis, de lui embrasser la "bagouze" qui n'était ni plus ni moins "l'anneau du pêcheur" du pont d'Avignon lorsque, au XIVème siècle, les gros poissons de la chrétienté nageaient dans l'opulence du bocal au Palais. Alors là, fallait pas déconner, j'avais beau être payé rubis sur l'ongle pour l'interprétation de cette scène malsaine de baisemain 18 carats, je déclinais l'offre en renvoyant paître le "dirlo du casting" vers le champs de ses caméras; définitivement, je renonçais à cet instant précis à ma carrière d'acteur. Pourquoi pas aussi pendant qu'on n'y était,  me demander de baiser la main d'un pape ! A la limite j'aurais pu embrasser le cul d'un prêtre défroqué, tant pis pour le "César" que je n'aurai jamais...Quoique...Il ne faut jamais...
Il n'empêche que mon "Gno-gno" écopa certainement d'un blâme pour non collaboration et non assistance à papy en danger de torture dans la kommandantur. Lorsque l'on sait qu'au bout de 20 blâmes, il risquait un avertissement, il y a de quoi frémir de rire.
"Ali" aimait rire. Tout comme le "Papa Sock" il était aussi noir que ses dents étaient blanches. Un chic type aussi, mais plutôt au sens premier du terme; toujours impeccable et tiré à quatre épingles -en or-, nickel sur luiquoi !  Avec son Borsalino il donnait l'air d'être sorti du film dont aucune des scènes ne fut tournée aux Archives; je ne me souviens plus de son rôle dans la chaîne archivistique, je vais dire qu'il y faisait acte de prestance quand il était présent. Secondairement - et souvent-, il bossait dans les chevaux au bar "P.M.U" du coin et dans la joaillerie "chez Philippe" le bistrot sis presque face à l'hôtel historique où le bon chrétien égorgeait ceux qui protestaient à l'époque de la Margot sur son trône. Tout comme les "clowns en tiares" il avait de l'or non pas dans, mais aux doigts et à chacun contrairement au "clowns en soutane", ces signes métacarpiens distinctifs attestaient bien le côté orfèvre du personnage, orfèvre en la matière du jeu et du trafic surtout. Comme il n'avait nullement besoin d'un blanchiment dentaire il pariait plus sur le monétaire et il réussissait, parmi toutes ses devises la seule qui pourrait le caractériser serait: blanchir l'argent pour se payer de l'or. N'empêche qui m'aimait bien le "Ali" et n'empêche que ce n'est pas dans le baba les balles qu'on lui a tirée mais dans le dos; un règlement de mauvais compte pour dettes de jeu. Il ne s'en est pas remis le bougre de nègre et nous ses collègues on a eu du mal à s'en remettre. Comme quoi, c'est vraiment con d'être au parfum des bons tuyaux pour se les faire percer et finir dans un dernier bain...De sang.
"Sang" (on disait "Sangue"), encore un joli coco provenant de la République du Sud Viêt Nam; autant dire qu'il n'était pas du tout "coco" le "N'guyen" mais il faisait parti aussi de la clique de boulot. Un phénomène cet asiate ! C'est à lui que je dois mon surnom de Boofy, il m'est tombé dessus comme je vais vous le dire.

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Message  Mandrin3 le Lun 16 Jan 2017 - 10:45

cool good

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Message  Anamchara le Lun 16 Jan 2017 - 12:15

On attend Avec IMPATIENCE les 40 Suivantes...!

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